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Le philosophe et l’industriel…

lundi 2 novembre 2015, par JFA

Dans sa chronique mensuelle de novembre 2015 intitulée “L’outil contre le moteur”, le philosophe Michel Onfrayfait une intéressante critique des moteurs en tout genre, source de pollutions sonores et atmosphériques dans nos villes (tailles-haies, balayeuses, tronçonneuses, tondeuses et autres engins urbains). Il cite son père ouvrier agricole qui usait de cisailles pour tailler les haies, respectant ainsi les végétaux, la terre, les voisins.

Pour avoir taillé des kilomètres de haies tantôt à la cisaille et tantôt au coupe-haies mécanique, j’approuve ces remarques sur les pollutions sonores et chimiques du moteur opposées à la propreté de l’outil…, à ceci près que le problème n’est pas dans le choix entre l’outil et le moteur, mais dans le choix du moteur. La technologie moderne pourrait nous permettre de fabriquer des moteurs silencieux, non polluants, respectueux de la santé des végétaux, de la terre, des humains. Si de telles machines n’émergent pas sur le marché, c’est uniquement pour des questions de profits monétaires. Les concepteurs de machines agricoles et d’engins de nettoyage urbain, obéissent à des contraintes bien éloignées des préoccupations du philosophe, de l’agriculteur biologique, du promeneur urbain. Il faut fabriquer des machines qui coûtent peu et se vendent bien, qui limitent au maximum le temps de travail humain, qui paraissent rapides et efficaces à l’utilisateur. Qu’importe les dommages collatéraux, les nuisances associées, la qualité du travail, la santé du travailleur.

La justification de l’industriel est simple : une machine qui soulage l’homme de travaux pénibles et répétitifs vaut mieux qu’un outil. Le philosophe renâcle : un outil lent et fatigant vaut mieux qu’une machine qui détruit la nature et asservit son utilisateur. L’industriel et le philosophe s’opposent sur un conflit d’intérêt insoluble dans une société soumise à l’impératif catégorique des profits financiers. L’industriel jugera nécessairement le philosophe de rêveur et de “néoréactionnaire”, le philosophe s’étonnera de l’inconscience de l’industriel. C’est le même genre de conflit d’intérêt qu’il y a entre nature et croissance : l’économie n’est saine qu’avec la croissance et la croissance infinie est mathématiquement impossible sur une planète finie.

L’heure est décidément venue de la suppression du système monétaire et de ses profits financiers, seule solution pour régler définitivement les conflits d’intérêt entre nature et croissance, entre outil et machine, entre industriels et philosophes…