- Collectif de réflexion pour un sociotope sans argent -

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Que deviendrait l’impôt en désargence ?

dimanche 1er novembre 2015, par JFA

Mon voisin cherche désespérément où est la faille dans ma proposition d’abolir la monnaie. Il vient me voir avec un argument qui lui semble béton : « Par quoi remplacerez-vous les impôts qui servent à payer la fonction publique, les grands travaux, les multiples services que nous fournit l’État… ? » Et d’ajouter avec un air de triomphe, « l’impôt s’impose à nous, sans lui, plus de vie communautaire… ».
Bien vu, Voisin ! Le mot impôt vient du latin imponere, verbe qui avait deux sens, celui d’imposer et celui de tromper. Le premier sens a donné “impôt”, le deuxième “tromperie”. « Mon cher voisin, on vous trompe chaque fois que vous payez l’impôt ! ».
Plus sérieusement, le travail que tout un chacun fournit à la collectivité est une sorte d’impôt (une corvée) qui permet à la collectivité de produire, de gérer, de distribuer, tout ce qui nous est nécessaire pour vivre. Le travail est d’ailleurs imposé sous peine d’être exclu de la société, mis au ban, voire déclaré hors la loi. Le chômeur volontaire et professionnel est réputé n’avoir aucun sens du bien commun.
Or, sur “l’impôt-travail”, on prend une part qui a jadis été en nature (dîme, champart, denier…), puis en argent sonnant et trébuchant (la taille qui apparaît vers le milieu du XI° siècle) pour financer les charges des Seigneuries en échange de leur protection (l’impôt en argent est historiquement lié au budget militaire, à la sécurité). L’homme moderne, tout comme le serf du Moyen Âge, est taillable et corvéable à merci ! Mais contrairement au serf qui était l’un ou l’autre, l’homme moderne subit une double peine, il s’impose des corvées pour le bien commun et paye de surcroit une taille sur ces corvées… Si les Seigneurs et le Roi avaient osé imposer un tel sacrifice, ils se seraient exposé à des jacqueries populaires, à la condamnation de l’Église, à la réprobation des lettrés.
Mais l’ingéniosité de l’homme moderne est sans bornes et il y a ajouté la triple peine, la taxe sur ce que nous consommons avec ce qui reste du fruit de notre travail (la TVA). Puisque l’impôt est incontournable, il nous faut bien, dit-on, des salaires, des traitements, des allocations, des indemnités, des gages, des soldes, des émoluments, des honoraires…, bref, de l’argent. La boucle est bouclée, circulez Désargentistes, il n’y a rien à voir !
Pourtant, imaginons que le principe même de l’impôt, aussi vieux soit-il, soit déclaré obsolète, que nous soyons déjà dans un sociotope sans argent. L’accès sans conditions ni contreparties à tous les biens et services que la société est capable de produire, à tout ce que la nature nous offre suffirait amplement à couvrir nos besoins primaires, secondaires, voire superflus. La corvée pourrait être remplacée avantageusement par des activités choisies qui réjouiraient suffisamment ceux qui aspireraient à s’y adonner pour qu’ils n’y cherchent pas de bénéfice compensatoire. La taille, même en nature, deviendrait obsolète puisque le seul problème serait de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas, si c’est renouvelable ou limité. Quant à la TVA, elle deviendrait aussi étrange que de réclamer une part des graines que l’oiseau picore, de lever une taxe sur le thym glané par le lapin de garenne !
Imaginons le coût écologique et énergétique, la masse de matières premières récupérées par la fin de l’impôt : plus d’immenses bâtiments à climatiser, de bureaux équipés d’ordinateurs ; fini les tonnes de papier pour les déclarations de revenus, pour les comptabilités, pour le contentieux ; exit les milliers de fonctionnaires enfin libérés de leur propre corvée ; plus de niches ou d’évasions fiscales, plus de fraudeurs, plus de cabinets conseils en optimisation pour permettre aux plus riches de payer moins… Si la désargence n’arrivait que demain ou après-demain, au moins en attendant, elle nous aura fait rêver, et bien mieux que ne l’a jamais fait l’argent !