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Halte au sado-monétarisme...

mercredi 24 juin 2015, par JFA

C’est par ce qualificatif étrange de “sado-monétarisme” que le M’PEP [1] nous invite au grand rassemblement d’Athènes en fin juin. Il est probable que les “extrême-gauchistes” du M’PEP ont conscience du sens de ces deux mots “sadisme” et “monétarisme”, mais ont-ils perçu le pléonasme que constitue leur association ?
L’économie européenne, telle qu’elle s’exprime en Grèce, relève bien du sadisme, cette perversion qui recherche le plaisir à travers la souffrance du partenaire. Il faut en effet être sadique pour réclamer encore plus d’austérité après le constat fait par tous les observateurs médicaux qui attribuent au minimum 25 000 décès à des causes directement liées à la crise (dont 15 000 suicides) !
Le monétarisme est une doctrine considérant comme essentiel le rôle de la monnaie dans la poli-tique économique. Mais cette acception courante du terme est suffisamment vague pour que l’on puisse l’attribuer à tout le spectre politique, de la droite à la gauche. Quand le M’PEP s’insurge contre le poids excessif des “créanciers” dans les négociations entre la Grèce et les Institutions, il ne fait pas autre chose que d’attribuer un rôle à la monnaie qui prend le pas sur la politique. Certes, c’est pour mieux critiquer le poids de la finance sur le social, mais c’est là une façon de reconnaître que l’argent, le commerce, la recherche de profit, la monnaie, sont des armes possibles de destruction massive.
Si le M’PEP, (mais aussi des partis comme le Syriza [2], le Skedio B [3] , le KKE [4] , etc.), qui s’exprimeront au rassemblement d’Athènes, s’épuisent à limiter les puissances de l’argent, ils n’en remettent en cause ni l’existence, ni la fonction d’échange jugée essentielle. Le simple fait d’associer en un pléonasme sadisme et monétarisme pourrait à la rigueur relever de la tautologie, ce qui ne semble pas là être le cas. Syriza en est actuellement un bel exemple : à défaut de remettre en cause l’usage même de cette monnaie qui tue, Tsipras et son ministre Varoufakis s’enferrent dans des négociations d’épiciers, les uns en appelant à la raison, les autres en appelant à la justice. On commence pourtant à entendre l’idée de plus en plus répandue que l’Europe et sa monnaie n’est pas la solution mais le problème. Quand donc entendrons-nous que l’argent, quel qu’il soit et quelle qu’en soit la gestion, n’est pas une solution mais un problème ?

Oui, l’usage de la monnaie relève du sadisme puisqu’il ne peut y avoir monnaie et justice, monnaie et égalité sociale, monnaie et démocratie… Mais le poids culturel et multi-millénaire de l’argent est tel qu’énoncer de telles évidences paraît relever de la démence. Personne ne s’étonne que l’on oppose démocratie et oligarchie, et personne ne voit l’opposition structurelle entre la monnaie et les valeurs défendues par ces partis de gauche, le pléonasme du sado-monétarisme. Étrange aveuglement qui nous fait chercher la couleur du cheval blanc d’Henri IV… !


[1M’PEP : Mouvement Politique d’Émancipation Populaire, créé en 2008 en réaction au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.

[2Syriza : Improprement qualifié de parti, ce mouvement est un rassemblement de multiples tendances de gauche.

[3Skedio B : Le Plan B, dirigé par Alekos Alavanos prône une sortie de l’Europe et de l’euro, le retour à la drachme et à l’indépendance politique.

[4KKE : Parti communiste grec, opposé au Syriza jugé trop européiste.

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Revue PROSPER n°27