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Chez ces gens là, Monsieur, on n’aime pas, on compte…

lundi 26 janvier 2015, par JFA

L’élection d’Alexis Tsipras fait couler beaucoup d’encre et mobilise tout le gotha médiatico-politique. On chiffre le coût du programme Syriza. On calcule le bilan de Samaras. On compare les chiffres du PIB, de la dette, des aides européennes. On compte les voix des électeurs, les sièges de députés formant ou pas une majorité. Chez ces gens là, Monsieur, on n’aime pas…, on compte, disait Jacques Brel.
Moi, loin, très loin de ces discours médiatisés, j’entends un mot, qui se murmure parmi le peuple que ces gens là appellent populace, parmi les militants que ces gens là appellent populistes, ce mot qui sonne bizarre à nos oreilles latines, aξιοπρέπεια, (dignité, prononcé là-bas axioprépéia). « Ce vote, c’est notre dignité enfin retrouvée » dit un militant de gauche. « Dignité victorieuse » titre l’anthropologue blogueur Panagiotis Grigoriou
Peut être que pour nous, Français intoxiqués par le néolibéralisme, aux cerveaux colonisés par le Dieu Euro, la dignité ne signifie plus que cette qualité recommandée aux pauvres pour les consoler de leur pauvreté et qu’en fin de compte, ils se taisent. Mais pour les Grecs, qu’une demi-décennie d’austérité troïkane a ramenés aux temps anciens de l’après-guerre, l’axioprépéia, c’est l’honneur, la considération, l’estime, le crédit, la fierté, tout ce qui fait qu’un homme est debout face à la tempête, respectable dans l’adversité, noble jusque dans la mort économique…, par suicide ou manque de soin, sur décision mémorandaire…
La dignité chez les Grecs, c’est encore mieux que la démocratie. Et cette agitation de nos intelligents chroniqueurs parisiens m’a rappelé l’ami Théodorakis, manœuvre terrassier au fin fond des montagnes épirotes qui, interrogé un jour de fête sur les danses traditionnelles, m’expliquait : « Les danses épirotes sont tristes parce qu’elles sont nées de siècles de misères et d’occupation, mais les danseurs sont gais…, parce qu’ils peuvent encore danser ! »
Chez ces gens là, Monsieur, on ne compte pas…, on aime, on espère, on privilégie la sociabilité et la dignité…