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Charlie, les enfants, l’école…

samedi 24 janvier 2015, par JFA


Des enfants ont boycotté la minute de silence en souvenir des victimes du 7 janvier, d’autres ont exprimé leur admiration pour les assassins, ont justifié leur acte. Aussitôt, de nombreuses émissions de radio et de télévision ont relancé le débat sur ces “sauvageons“ que l’école ne maîtrise plus, sur l’école républicaine qui aurait failli à sa tâche, sur la laïcité, etc. Une autre lecture pourtant pourrait être faite, non plus au nom des grands principes démocratiques mais à l’aune de l’idéologie néolibérale.
Les thèses néolibérales sont suffisamment simples et matraquées dans les médias pour qu’elles soient devenues la doxa la mieux répandue, a fortiori chez les enfants. Il serait donc intéressant d’analyser les effets de cette doxa parmi les bancs d’école.
- La valeur d’une personne se mesure à son salaire, à son pouvoir d’achat. Le riche est plus respectable que le pauvre. Pour l’enfant, l’enseignant si mal payé est donc moins admirable que le dealer du coin, que le chanteur de rap, que le trader…
- La fonction publique est une survivance obsolète du CNR. Le fonctionnaire n’est pas productif, jouit de plus de congés que les autres et dose savamment ses efforts. Pour l’enfant, l’enseignant que la doxa déclare fainéant et profiteur, n’est pas légitimé à exiger de lui effort et persévérance.
- L’enseignant n’est soumis à aucune concurrence et, seul maître dans sa classe, se satisfait d’un strict minimum d’investissement. L’enfant, au contraire, comprend vite qu’il est soumis à l’évaluation, à la concurrence des autres, qu’il doit être compétitif ou s’exclure. On lui demande de subir ce que le maître refuserait de subir.
- La vie est une jungle où seuls les plus forts gagnent, que ce soit en affaires, en politique, en amour. L’enfant sait par la publicité que la plus grosse voiture pose un homme, par la pornographie que seuls les plus grands sexes assurent le succès, par la politique que les plus corrompus sont les mieux placés, dans la famille que la hiérarchie s’établit sur la force. Ce bouffon de prof, mal payé, déconsidéré, souvent en difficulté face aux classes surchargées, devrait-il être respecté ?
Dans les débats médiatiques, un coupable est venu atténuer un peu l’incurie des enseignants et de leur ministère de tutelle. Les écrans occuperaient plus d’espace dans la tête des enfants que la famille et que l’école. IL faut limiter l’accès à l’Internet, voire l’interdire. Soit, mais les allumettes aussi sont dangereuses et peuvent mettre le feu à tout le quartier. Quelqu’un aurait-il proposé une loi les interdisant ? Un technicien aurait-il cherché à fabriquer des allumettes spéciales enfants ou non inflammables ? Si la télévision et l’Internet sont si prégnants et si nocifs pour les enfants, c’est avant tout parce que c’est un marché porteur de juteux profits financiers, un vecteur publicitaire idéal pour décérébrer les enfants super-consommateurs.
Il serait pourtant simple d’imaginer ce qui resterait de ce débat en désargence. Sans doute rien puisque les enfants, sevrés de publicité, retrouveraient vite des jeux oubliés, les enseignants auraient le temps et les moyens d’une éducation personnalisée et respectueuses des rythmes de l’enfant, puisque le bien, le beau, le bon seraient enfin débarrassés pour tous des critères quantitatifs, des exigences de rentabilité, de compétitivité (l’argent attribue une valeur aux choses et aux gens comme les notes attribuent une valeur à l’élève et à ses œuvres, les enseignants s’en rendent-ils compte ?)… Et quand un problème surviendrait, nous n’aurions plus besoin de le détourner par de fausses analyses comme on le fait en ce moment. Non, l’école n’est pas responsable de l’environnement social. Non, l’école ne peut imposer des règles, une discipline, un art de vivre qui serait démenti partout ailleurs. Non, les enfants ne peuvent être différents des modèles qu’on leur propose. Non, l’école ne peut être démocratique, créatrice de valeurs humaines, lieu de paix et de découverte dans un monde néolibéral et a fortiori, dans une société monétarisée…